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Présentation d’Henri MARRET par sa fille

Nous avons demandé à la fille d’Henri Marret, sœur Denise Marret, de nous raconter la biographie de son père. Elle est le dernier de ses enfants, née en 1919.

Qui, mieux qu’elle, pouvait nous faire découvrir l’homme derrière l’artiste.

Nous publions ci-dessous de larges extraits de sa lettre, écrite en 2002.


…Henri Marret est né en 1878, 18 ans après son frère Charles. Il fit ses études à St Jean de Béthune, à Versailles. Sur un lexique Français-Latin, dans les marges, on trouve déjà des dessins à la plume de guerriers romains et gaulois, et des perspectives de rail et de fil électriques.
Son père Ernest Marret favorisa sa vocation artistique. Sa première création de peinture sur mur se trouve dans un modeste « cagibi » et représente une vue panoramique de la vallée de Cauterets dans les Pyrénées- au premier étage de la maison de Fourqueux.

Il entre dans l’atelier de Cormon mais il trouva surtout sa voie dans la décoration et la fresque en rencontrant Paul Baudouin .

Henri Marret en famille

 

Il se maria en 1902 avec Madeleine Larcher, fille d’un libraire érudit.

 

 


 

 

Pendant la guerre de 14-18, il travailla dans les ateliers de camouflage, non loin du front de Verdun.

 

La famille quitta Paris pour Fourqueux dans la maison du grand-père Ernest dont il hérita en 1917. C’est là que, démobilisé, il installa son atelier, aménagé assez vite pour recevoir les esquisses de peintures décoratives, qui devinrent sa voie.

Porche Fourqueux
Porche de la maison de Fourqueux

Atelier_avant
                 Atelier du peintre avant restauration


Maison_cote_parc
Maison, coté parc

 

 

 

 

Souvenirs :

Enfant, j’entrais librement dans son atelier, pour le regarder travailler. Pour être admise, il me suffisait de ne pas faire de bruit. Je suivais ainsi toutes les étapes de réalisation d’une fresque.

Cela commençait par de très petits projets, pour situer les formes et les volumes. Puis venaient les premières esquisses qui pouvaient déjà être présentées à l’architecte.

Fixés au mur, des rouleaux de carton couvraient la surface définitive qui pouvait atteindre 3 à 4 m ou plus en hauteur. Henri Marret, au fusain, traçait alors les éléments essentiels à la grandeur définitive et mettait la couleur.

Toujours en atelier, il faisait des calques et, avec une roue dentée, il perforait les tracés. Les calques étaient découpés en carrés (1m²), pour faciliter le travail au mur.

Alors seulement, dans le monument à décorer, pouvait commencer l’œuvre. Un maçon mettait l’enduit sur le mur, et Henri Marret fixait dessus le premier morceau de calque, dans la partie la plus haute. Il « tamponnait » avec un sachet de poudre ocre. Le tracé restait marqué…et sur l’échafaudage, Henri Marret pouvait commencer à peindre sur un enduit en ciment frais-La peinture se fixait dans une teinte douce.
Ce travail se faisait dans des conditions souvent difficiles, dans le froid, les vitraux posés plus tard, modifiaient parfois les teintes. Quelque fois, mon père, me prenait comme modèle, pour un geste, une attitude.Il me faisait alors monter sur sa grande échelle dont les barreaux étaient des marches, me donnait la position désirée et de quelques coups de crayons, il me « croquait » sur son carnet.


Découvrir et goûter :
Lors des voyages de vacances à travers la France, nous les enfants, apprenions à apprécier ce qui était beau dans les monuments ou les paysages. Alors Henri Marret s’arrêtait, se taisait, contemplait, prenait du recul. Son silence était signal d’admiration. A nous de savoir intérioriser.


Garder souvenir :
Sur son carnet, (toujours présent avec pinceaux, eau et boîte de couleurs) il faisait des aquarelles, quelques traits, quelques touches de couleur, plusieurs fois le même sujet, parce que la lumière avait changé les couleurs.
A partir de ce carnet, rentré à son atelier porteur d’une image intérieure, il réalisait un paysage sur toile à l’huile, ou même une fresque qu’il savait fabriquer de toute pièce (support, cadre, mortier).

Un homme de foi :
Sa foi religieuse, il la vivait en profondeur, son œuvre la nourrissait.
Depuis la mort de son fils aîné, les chemins de croix de si nombreuses églises étaient comme une prière vécue avec le Christ portant sa croix.
L’entrée dans la vie religieuse de ses deux filles était une offrande.


Président de la S.N.B.A
Henri Marret fut aussi Président de la Société Nationale des Beaux Arts. A ce titre il présida le jury d’admission des œuvres pour l’exposition annuelle au Grand Palais.
Il n’était pas toujours d’accord mais se voulait respectueux des personnes et des talents ; il voulait aussi soutenir et encourager des artistes qui avaient du mal « à percer » faute de relations et de moyens financiers. Tout cela je l’ai appris lorsqu’il nous parlait le soir autour de la table.
Avec l’aide des Monuments historiques, il entreprit la restauration de l’église de Sainte Croix de Fourqueux, dont le clocher, ajouté et trop lourd, menaçait la voûte de la nef. Un nouveau clocher fut réalisé à partir de gravures anciennes.

 

Maire de Fourqueux :


Henri Marret prenait part à la vie de la commune de Fourqueux ; il en était le maire à l’époque de la guerre de 40.

maison_ancienne_F

 

Il fut l’interlocuteur de l’officier de la Kommandantur, installé à Fourqueux. Cet officier, dans la vie civile, en Allemagne, était peintre lui aussi, et enviait la liberté des artistes français. L’art dépassait parfois les divisions de la guerre. Peut-être, cela a-t-il permis au « maire » d’aider des jeunes gens à échapper à la réquisition.

 

 

Un camp de réparation de voitures militaires allemandes fut installé sur le terrain de golf, des prisonniers français y travaillaient. L’un d’eux réussit à s’évader profitant de la forêt toute proche. Henri Marret fut séquestré, toute la journée, dans la mairie. Notre maison fut fouillée de fond en combles par des soldats armés, mais aucune trace du prisonnier. Personne ne fut exécuté.

Durant cette période, une de mes sœurs, qui, étudiante, avait milité en politique, entra dans un réseau de Résistance. Elle passa souvent la ligne de démarcation, porteuse de messages compromettants et de renseignements pour la France Libre. Henri Marret le savait, ainsi gardait-il le secret et respectait sa liberté et ses absences non motivées. Il se savait lui-même surveillé. »

 

Puis le 7 novembre 2002, soeur Denise Marret envoie une autre lettre
précisant la position de son père face au monde artistique du moment :

« …Les souvenirs que j’ai évoqués ne touchaient guère les relations de mon Père dans le monde artistique. Cela est dû à sa personnalité réservée mais allant à l’essentiel.

Il servait l’art qu’il aimait, sans chercher la célébrité pour lui-même, ni vouloir dominer les autres. C’est par l’art qu’il communiquait et qu’il partageait. Quelques amis venaient jusqu’à Fourqueux, le plus souvent c’est sur Paris que mon père rencontrait ses amis… »

 

Micheline Tissot, dans un article paru dans la revue « Paris 12 », apporte, en juin 1997,  les précisions suivantes :

« Henri, Justin Marret naît le 15février 1878 de parents parisiens depuis des générations. De son père, bijoutier - joaillier créant lui-même ses bijoux, il prendra le goût du dessin dès son plus jeune âge. Ses deux frères aînés reprenant l’affaire familiale, son père soutiendra, après ses solides études générales, ses goûts artistiques en le laissant fréquenter Cormon, Humbert, Thirion et Baudoin pour la fresque. »

Sœur Denise Marret a eu l’obligeance de nous transmettre l’emouvant hommage que prononça l’architecte Joseph Marrast lors de l'inhumation d'Henri Marrret au cimetière de Fourqueux.

Le voici in extenso :

 

Démobilisé en 1919 au Maroc où mon destin m’avait conduit à la fin de la guerre, parmi les tâches qui m’attendaient, à mon retour en France, se trouvait celle d’achever l’église Saint Louis de Vincennes entreprise, avec mon ami Jacques Droz, à la veille des hostilités.

J’étais animé du secret désir de faire de ce sanctuaire une œuvre collective réunissant, dans une même foi, un faisceau d’artistes, lorsque je rencontrai, sur mon chemin, un peintre tout simple, sans histoire, ainsi que les arbres poussant dans la forêt et les oiseaux y chantant : Henri Marret.

Celui-ci était voué, entraîné par Beaudoin, à la rénovation de la fresque. Il y avait trouvé la puissance ancestrale de la décoration murale et son éternelle jeunesse. Les quatorze stations du chemin de croix de Vincennes vous poignent en  portant l’éclatant témoignage, auquel se joignent, en un magnifique florilège. :…

Evoquer Henri Marret c’est faire l’éloge de la fresque, ce magnifique métier, plein de fraîcheur et de spontanéité, dont la mise, si longtemps en sommeil, étonne. Et l’on songe ce qu’eut gagné un Puvis de Chavannes à la pratiquer. Mais pour efficace que soit un métier, il ne saurait se substituer aux qualités de l’homme qui peuvent se révéler de bien des manières.

Ainsi Marret n’a-t-il pas dévoilé son âme que dans la fresque. Peintures à l’huile, aquarelles et gouaches, gravures sur bois et cette fuite en Egypte, peinte sur parchemin marouflé, qui rend présente son amitié dans mon foyer, expriment avec force son talent et son caractère.

Marret enseigne la fresque, une vingtaine d’années durant, à l’école des arts appliqués ; il avait présidé la société nationale des beaux arts, cet ancien salon du Champ de Mars, célèbre pour sa notoriété d’avant- garde lorsqu’il fut créé ; il était officier de la Légion d’Honneur et avait reçu la croix de guerre pour sa brillante conduite dans la campagne 1914-1918.

Le rassemblement de ses productions, par leur nature, ne pouvait se faire ici sans le secours, pour une part importante, à la reproduction photographique. Cependant on a réuni certains originaux permettant de pénétrer plus intimement dans son œuvre, d’en apprécier pleinement la sensibilité, la simplicité d’expression ; les qualités de l’artiste et celle de l’homme ne faisant qu’un.

Et c’est sans doute en cette unité que Marret fut un être d’exception.

Il ne suffirait de dire de lui : « l’art pour l’art », il faut ajouter : « l’art pour l’exaltation des mouvements du cœur et l’affirmation des convictions de la foi. »

 

 

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